Le talentueux duo de designers anglais, connu sous le nom de rag & bone, se livre au sujet de la création d'une maison de couture fidèle à la tradition américaine
Marcus Wainwright et David Neville sont deux des Britanniques les plus gentils, terre-à-terre et polis qui soient. Peut-être c'est ce qui se cache derrière le succès de leur griffe, fondée il y a sept ans, rag & bone (baptisée ainsi d'après les hommes rag and bone, des colporteurs qui arpentaient les rues d'Angleterre en criant « rag and bone » - chiffons et os - pour ramasser la ferraille et les vieux meubles afin de les revendre). Mais leur popularité est probablement davantage attribuable au fait qu'ils créent des vêtements non seulement modernes et pertinents, mais confectionnés selon des techniques d'antan éprouvées, résultant en un attrait authentique et intemporel qui résiste aux aléas de la mode.
Holt Renfrew est tout ouïe alors que les deux stylistes s'épanchent au sujet de leurs vies remarquablement parallèles, de leurs études, de la création de leur propre gamme et de la naissance rapprochée de leurs fils.
Le passé :
Marcus Wainwright : Nous nous sommes rencontrés lorsque nous avions 14 et 15 ans, dans un pensionnat en Grande-Bretagne.
David Neville : Marcus me précédait d'une année donc il me faisait vraiment passer un mauvais quart d'heure. Mais nous sommes restés amis toutes ces années. J'étais bien trop intéressé par les sports et les filles pendant mes études pour me préoccuper de ce que je voulais devenir. J'ai travaillé dans une banque d'investissement pendant cinq ans, mais j'ai toujours su qu'il s'agissait d'un tremplin vers la création d'une entreprise un peu plus tard.
MW : La mode n'était certainement pas dans ma mire, peut-être dans celle de David.
DN : J'aime beaucoup les vêtements. J'avais l'habitude d'aider ma mère à magasiner lorsque j'étais plus jeune, et j'ai toujours aimé faire du shopping avec mes copines - et pas seulement pour être dans leurs bonnes grâces. J'étais réellement intéressé par leur habillement.
MW : Mais, en réalité, j'ai vraiment dû convaincre David [de se lancer dans la mode]. J'habitais ici [New York], et je l'ai convaincu de quitter l'Angleterre pour venir m'aider. Ça a été assez facile, car il travaillait dans une banque. Effectivement, c'est moi qui ai démarré l'entreprise et qui ai eu l'idée [découragé de ne pas trouver le genre de vêtements qu'il aimait porter sur le marché], mais ni l'un ni l'autre nous ne sachions ce que nous faisions...donc c'était intéressant.
DN : Comme est l'histoire de notre premier jean et de ce concept général de rag & bone - nous ne possédions aucun antécédent en mode, nous nous sommes mouillés avec un jean à cinq poches pour hommes créé dans une petite ville du Kentucky, et nous pouvions vraiment visualiser la confection du vêtement.
Le présent :
MW : Pour l'automne 2008, nous nous sommes vaguement inspirés du film Blade Runner. C'est un succès des années 80 portant sur le futur, mais l'esthétisme est très vieillot, sorti tout droit des années 40. Nous nous sommes identifiés à cette façon d'essayer de s'inspirer du passé pour créer un look contemporain, actuel et très avant-gardiste. C'est pourquoi nous présentons des vêtements d'inspiration après-guerre - cols amples, épaules imposantes.
DN : [Et] nous voulons ouvrir une boutique à New York. C'est ce que nous projetons cet automne.
Le futur :
MW : Nos garçons sont nés à une semaine d'intervalle en avril l'an dernier - incroyable. Mon fils s'appelle Noah.
DN : Et le mien, Dashiell. Mon épouse veut absolument que notre fils ait l'accent anglais.
MW : Nous avons été tous les deux privés de sommeil [en raison des bébés]. C'était bien de pouvoir en parler avec quelqu'un.
DN : C'est totalement étonnant que ce soit arrivé comme ça, une coïncidence inouïe. Mais c'est vraiment génial d'être sur la même longueur d'ondes.
La traversée de l'Atlantique :
MW : Je préfère de beaucoup New York à Londres. À New York, on a vraiment l'impression que « tout est possible », contrairement à Londres. J'y vis depuis maintenant sept ans.
DN : Il a suivi une fille ici. C'est comme ça que tout a commencé!
MW : Nous voulions teinter ce que nous faisons ici d'un peu de [Savile Row]. Nous avons eu du succès avec ce genre d'esthétisme. Nous avons commencé par un jean foncé, vêtement on ne peut plus américain s'il en est un. Mais nous faisions bande à part, et nous voulions simplement un jean brut, rigide ou très sombre, sans flafla et bien ajusté. Lorsque nous avons commencé à confectionner des chemises, des complets et des vestons, c'est là que nous avons vraiment eu recours à la façon tailleur britannique. Nous apportons beaucoup de soin et de savoir-faire à chacune de nos créations. [Tous les vêtements rag & bone sont fabriqués dans des manufactures américaines qui cousent les vêtements de la même façon depuis cinquante ans.] Si un consommateur achète un vêtement rag & bone et en retire cette impression, alors nous avons atteint notre but.
Les hommes et le style :
MW : Le premier designer que j'ai connu est Ralph Lauren, en raison de son polo. Nous l'admirons encore beaucoup pour toutes ses réalisations. Il a la même perspective que nous. Il a échafaudé la gamme mode de vie par excellence, plutôt que quelque chose de très tendance. La griffe vient tout juste de célébrer ses 40 ans. Si nous sommes encore là dans 40 ans, nous serons heureux.
DN : Étonnant, n'est-ce pas? Ce genre de pouvoir qu'il a créé. Je crois que c'est super que nous proposions des vêtements pour hommes et pour femmes. Nous souhaitons être une marque « art de vivre ». Nous voulons que rag & bone soit accessible... mais en même temps qu'elle soit branchée et ait du caractère. Et l'homme et la femme vont ensemble. Elle devrait dire à son copain qu'elle croit qu'il est mignon dans ses vêtements rag & bone, et vice versa.
MW : Nous incarnons l'homme rag & bone. Nous confectionnons les vêtements pour nous, et nous sommes très chanceux qu'ils plaisent à d'autres.
DN : Des gars qui pensent comme nous, qui veulent porter des vêtements qui font bien, confectionnés dans de belles étoffes, bien coupés et qui ne respirent pas l'effort, mais en même temps, qui sont élégants et raffinés. Nos pères portent certains de nos vêtements d'extérieur, car ils sont ornés de détails traditionnels... mais, si c'est un homme du début de la trentaine qui les porte, avec un jean et des running, ils ont une toute autre saveur.
MW : Et c'est plaisant de voir son père porter une de ses créations.
Par Nandini D'souza




